Mais qui était Jules-Eugène Lenepveu ?
Difficile pour un néophyte de ne pas écorcher son nom à voix haute : la rue piétonne Lenepveu est l’une des artères les plus populaires d’Angers. Mais savez-vous quel homme se cache derrière le patronyme de l’un des boulevards les plus fréquentés de sa ville natale ?
Angers, Paris, Rome
Jules-Eugène Lenepveu Boussaroque de Lafont, dit Jules Lenepveu, naît à Angers en décembre 1819 dans l’une des maisons qui bordent l’ancienne rue Milton – l’actuelle rue Lenepveu. Fils d’une famille modeste, il commence sa formation artistique à Angers, à l’école de dessin, où il est l’élève de Jean-Michel Mercier, conservateur du Musée d’Angers et professeur de dessin.
Après l’obtention d’une bourse en sa faveur auprès de la ville d’Angers, Jules-Eugène Lenepveu poursuit ensuite ses études à Paris, à l’école des Beaux-Arts, où il a pour professeur François Picot, un ancien élève de David. À tout juste 24 ans, il fait des débuts remarqués au Salon – véritable institution centrale de la vie artistique des français – où son tableau « L’idylle » remporte un petit succès.
Mais c’est en 1847 que Jules-Eugène Lenepveu voit réellement sa carrière décoller, grâce au Prix de Rome qu’il obtient grâce à son opiniâtreté après y avoir concouru six fois.
Ce prix, accompagné d’un séjour de plusieurs années à la Villa Médicis en Italie, récompense son œuvre La Mort de Vitellius et le propulse en tant que peintre d’histoire, un genre très prisé à l’époque.
Très vite, les commandes privées et publiques affluent, faisant de lui un artiste en vogue. C’est d’ailleurs à la Villa Médicis, en 1850, qu’il rencontre Charles Garnier avec qui il se lie d’une amitié profonde. En 1871, le célèbre architecte fait appel au peintre pour orner le plafond de son « Nouvel Opéra ». Lenepveu réalise la coupole Les Muses et les Heures du jour et de la nuit qui deviendra l’une des œuvres la plus célèbre de l’artiste, aujourd’hui masquée par une autre œuvre, celle de Marc Chagall (à la demande d’André Malraux en 1964).
Ce camouflage posthume érigera la coupole de Lenepveu en œuvre martyre, devenue aujourd’hui seulement visible à travers les œuvres préparatoires de l’artiste.
Homme de peu de mots
mais couvert de titres
En 1869, Lenepveu est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts. En 1872, il reçoit l’honneur suprême d’être nommé directeur de la Villa Médicis, l’institution qui avait contribué à sa formation.
Il y vit pendant six ans avant de retourner en France en 1878, où il reprend ses grandes œuvres publiques parmi lesquelles le plafond du Grand théâtre d’Angers qu’il peint gracieusement, ou bien encore les fresques de l’escalier Daru au Louvre.
À 70 ans, il achève les monumentales fresques consacrées à Jeanne d’Arc au Panthéon. Artiste au talent incontesté, la personnalité discrète de l’homme semble pourtant nuire à sa notoriété : modeste, réputé comme réfractaire aux mondanités, il est décrit par son ami Charles Garnier comme « un talent très sûr et éprouvé ; mais il a une popularité bien restreinte si on a la compare à celles que d’autres peintres ont su acquérir ».
La nature timide du peintre le desservira parfois et l’histoire de l’art fera rayonner davantage les noms de Monet, Renoir, Manet ou Pissaro que celui de Lenepveu..
Une rue à son nom de son vivant
Le décor de la chapelle de l’hôpital, le plafond du théâtre, la peinture murale de l’Hôtel Pincé : Lenepveu participe à l’embellissement d’Angers, surnommée Athènes de l’Ouest au XIXème siècle.
La ville s’enrichit des œuvres de l’artiste dont elle héritera par milliers : peintures, dessins, sculptures, manuscrits, imprimés, sans compter les 37 cartons à taille d’exécution des plafonds de l’Opéra Le Peletier et de l’Opéra Garnier…
D’ailleurs, on dit de Lenepveu qu’il était Parisien d’art, Italien d’esprit mais résolument Angevin de cœur.
Consciente de l’investissement du peintre auprès de sa ville natale, le 17 novembre 1871, l’administration propose au Conseil municipal de « donner à la rue Milton le nom de rue Lenepveu. Ce sera un témoignage de la reconnaissance de la ville d’Angers envers l’éminent artiste que nous sommes fiers de compter au nombre de nos citoyens et vient de doter notre nouveau théâtre d’un si remarquable chef-d’œuvre. C’est dans une maison de la rue Milton qu’est né M. Lenepveu et cette voie est une de celles qui conduisent au théâtre, double motif pour lui donner le nom du grand artiste », la rue est rebaptisée et dans son courrier de remerciement à la municipalité, Lenepveu écrira « le suprême honneur que l’administration vient de me faire en donnant mon nom à une des rues de la ville est au-dessus de tous mes remerciements ».
Jules-Eugène Lenepveu s’éteint à Paris en 1898, il est enterré à Angers au cimetière de l’Est. En 1900, Angers inaugure un monument en son hommage dans la cour du musée des Beaux-Arts.
Depuis plus de 150 ans maintenant, les angevins continuent de faire vivre Lenepveu quotidiennement en perpétuant sa mémoire à travers la prononciation, parfois alambiquée, de l’artiste éponyme de l’une des rues principales de la ville.