Sur les traces du mosaïste Isidore Odorico
On le reconnaît à ses mosaïques de couleurs bleu outremer, vert et or, ses animaux et tableaux dimensionnés en émaux... Isidore Odorico (1893–1945), fils d’immigrés italiens, a marqué de son empreinte la ville d’Angers à travers des mosaïques emblématiques. Formé aux Beaux-Arts de Rennes en 1908, l’artiste a 35 ans quand il reprend l’entreprise paternelle avec son frère. Il ouvre ensuite une succursale à Angers, où ses œuvres, telles que la Maison Bleue ou la Compagnie Française d’Aviation, témoignent encore aujourd’hui d’un savoir-faire unique. En voici quelques-unes, considérées comme des trésors du patrimoine Art déco.
La Maison Bleue : chef-d’œuvre Art déco
Construite entre 1927 et 1929, la Maison Bleue est un immeuble emblématique d’Angers. Conçue par l’architecte Roger Jusserand, elle est entièrement recouverte de mosaïques réalisées par Odorico. Le dégradé de couleurs, allant de l’ocre au bleu, symbolise une ascension vers le ciel. Cette œuvre unique en France témoigne de la maîtrise technique et artistique d’Odorico.
L’artiste couvre intégralement le bâtiment de tesselles dans un dégradé de beige puis de bleu. Des motifs d’écailles, des formes géométriques et des drapés sculptés mettent en relief toute la façade, relevée de smalts d’or. À l’intérieur, couloirs et entrées sont décorés dans les tons chers au mosaïste : vert émeraude, noir et or, qui accrochent la lumière.

Des magasins aux devantures éclatantes
Au-delà de la Maison Bleue, Odorico intervient sur plusieurs bâtiments à Angers. Il décore l’Hôtel d’Anjou, la Compagnie Française d’Aviation, mais aussi de nombreux commerces, dont les façades attirent l’œil des passants.
Au Café des Caves (aujourd’hui La Chouette), place du Ralliement, la devanture est ainsi décorée d’une fontaine Art Déco, auréolée de motifs orange et jaune vifs. On retrouve sur le sol du café Le Madeleine (anciennement Le Pascal), des motifs circulaires rayonnants. À l’herboristerie de la rue Saint-Aubin, la façade arbore un bouquet de fleurs sur fond bleu. Et au magasin Polyphonic, le décor d’époque a conservé la pâte si reconnaissable d’Odorico, avec ses grands ovales argentés et sa frise géométrique multicolore.

La mosaïque, un matériau idéal pour l’hygiène des lieux publics
Les mosaïques d’Odorico, aux motifs géométriques et floraux, s’intègrent harmonieusement à l’architecture urbaine, rendant l’art accessible grâce à son esthétique luxueuse, mais aussi pratique au quotidien. Dans les établissements publics, il faut nettoyer les sols à grandes eaux, et à l’époque, la mosaïque est ce qu’il y a de plus adapté à ce souci d’hygiène.
Dans l’école des Arts et Métiers, le décor de certains couloirs, du réfectoire ou du hall d’entrée (1934), offre des tons austères de bruns, gris et verts, rehaussés de tesselles dorées. On privilégie aussi ce matériau dans les hôpitaux, sanatoriums et hospices, car il garantit hygiène et propreté tout en restant décoratif. La clinique Saint-Joseph des Augustines (aujourd’hui EHPAD) en est un beau témoignage, avec son sol en décor terrazzo.
Un artiste aux techniques innovantes
Odorico est aussi l’inventeur des « émaux dimensionnés » (par émaux de Briare), qui permettent de gagner du temps sur les coupes de tesselles. Il adopte également la méthode « a rivoltatura », consistant à assembler les motifs en atelier sur des plaques de 50 × 50 cm pour faciliter la pose sur site.
Il utilise des matériaux variés tels que les pâtes de verre, émaux de Briare et grès cérame. À l’école de pilotage d’Angers, édifiée en 1939, Odorico emploie ce même grès pour les pavements du réfectoire ou du porche d’entrée, avec des motifs rappelant les ailes des avions.