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Les poètes de la Pléiade, les rebelles du français

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photo fondé en 1553, le groupe de la pléiade est composé d’une constellation de sept jeunes poètes talentueux, dont pierre de ronsard et le célèbre angevin, joachim du bellay, dont la sépulture aurait été retrouvée dans les fouilles de notre-dame. ces poètes vont former un groupe fondateur et mythique, dont la volonté sera de révolutionner le français, jugé « barbare et vulgaire », en l’élevant au rang de langue nationale. © adobestock
Fondé en 1553, le groupe de la Pléiade est composé d’une constellation de sept jeunes poètes talentueux, dont Pierre de Ronsard et le célèbre Angevin, Joachim du Bellay, dont la sépulture aurait été retrouvée dans les fouilles de Notre-Dame. Ces poètes vont former un groupe fondateur et mythique, dont la volonté sera de révolutionner le français, jugé « barbare et vulgaire », en l’élevant au rang de langue nationale. © AdobeStock

C’est au cœur de la Renaissance qu’un groupe de poètes va casser les codes de la langue ! Fondé en 1553, le groupe de la Pléiade est composé d’une constellation de sept jeunes poètes talentueux, dont Pierre de Ronsard et le célèbre Angevin Joachim du Bellay, dont la sépulture aurait été retrouvée lors des fouilles de Notre-Dame. Ces poètes vont former un groupe fondateur et mythique, dont la volonté sera de révolutionner le français, jugé « barbare et vulgaire », en l’élevant au rang de langue nationale.

Une nébuleuse de poètes

Joachim Du Bellay, né vers 1522 au château de la Turmelière en Anjou, passe une grande partie de sa jeunesse dans cette région rurale. Orphelin très tôt, il est élevé par son frère aîné. Sa santé fragile l’empêche de mener une carrière militaire, comme le souhaitait sa famille. C’est pourtant durant cette période qu’il découvre son goût pour les lettres, influencé par les paysages paisibles de l’Anjou et l’accès à une riche bibliothèque familiale, qui le poussera plus tard vers la poésie. En 1547, Joachim Du Bellay et Pierre de Ronsard se rencontrent au Collège de Coqueret à Paris, marquant le début d’une amitié littéraire profonde.

Portrait de Joachim du Bellay
Portrait de Joachim du Bellay © DR

 

D’autres amis suivront bientôt cette « Brigade » (terme inventé par Ronsard), nébuleuse de poètes encore en formation. C’est en 1553 que les amis créent le célèbre cercle de la Pléiade. Pourquoi ce nom ? Parce qu’il s’inspire de la constellation de sept étoiles, mais aussi d’un groupe de poètes grecs d’Alexandrie, du temps de l’Antiquité.

Révolutionner la langue

Au début du 16e siècle, le français n’est pas encore la langue officielle. Justement, pour les rebelles de la Pléiade, le but est de lui donner ses lettres de noblesse. En 1539, l’édit de Villers-Cotterêts signé par François 1er impose l’utilisation du français, langue nationale, pour tous les actes administratifs. Mais dans les faits, il subit la rude concurrence des dialectes régionaux et des langues étrangères, comme l’espagnol et l’italien.

À l’époque, le latin et le grec dominent aussi la scène littéraire et académique. Le latin est la langue sacrée des érudits, des sciences et de l’Église, utilisée pour les écrits savants et les documents officiels. 

De plus, de nombreux parlers régionaux coexistent, tels que le provençal, le lorrain, le gascon, l’occitan, le breton, le basque ou encore le poitevin... Entre tous ces dialectes, le français gagne petit à petit en popularité comme langue littéraire, grâce notamment à la vision révolutionnaire de la Pléiade.

Le français, langue « barbare et vulgaire »

Les membres de la Pléiade veulent prouver que le français peut être une langue littéraire, riche et expressive. Pourtant, ils constatent que cette dernière est souvent pauvre, imprécise et peu adaptée à l’expression poétique, comparée au latin ou à l’italien. Ils décident donc de l’« enrichir » par la création de néologismes issus du latin, du grec et des langues régionales.

Dans son manifeste, « Défense et illustration de la langue française », Du Bellay préconise une démarche révolutionnaire, en améliorant le français par des emprunts au latin et à l’italien. Les poètes rompent avec leurs prédécesseurs médiévaux, en exerçant leur art en français. La Pléiade participe ainsi au développement de la langue et joue un rôle majeur dans l’œuvre de la Renaissance littéraire du 16e siècle.

Des poèmes que l’on apprend toujours à l’école

" Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil... " Parmi les œuvres les plus célèbres de la Pléiade, on trouve Les Amours de Ronsard, une série de sonnets inspirés de l’amour courtois et des poèmes de Pétrarque. Joachim du Bellay est également connu pour ses sonnets, comme « Les Regrets ». L’auteur de « Heureux qui comme Ulysse » y exprime sa nostalgie de la France, alors qu’il séjourne à Rome. Ce sont ces poèmes du cercle de la Pléiade que les écoliers apprennent encore aujourd’hui.

« Heureux qui, comme Ulysse,

a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là

qui conquit la toison,

Et puis est retourné,

plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents

le reste de son âge ! »

— Les Regrets de Joachim Du Bellay, 1558.

Un individu qui montait à cheval

Après 5 ans de recherches, des experts pensent avoir découvert l’identité de l’individu anonyme d’une des sépultures découvertes dans les fouilles de la Cathédrale Notre-Dame. Il pourrait s’agir de Joachim du Bellay, poète à la santé fragile.

Sépulture présumée de Joachim Du Bellay retrouvée dans les fouilles de Notre-Damede- Paris.
Sépulture présumée de Joachim Du Bellay retrouvée dans les fouilles de Notre-Damede- Paris. © Inrap

D’après les recherches menées par l’Inrap, en collaboration avec l’université et l’Institut médico-légal du CHU de Toulouse, l’homme, âgé d’une quarantaine d’années, est décédé d’une pathologie très rare, une méningite due à une tuberculose osseuse cervicale, au 16e. Les analyses des ossements ont aussi établi que l’individu au coccyx déformé, montait très souvent à cheval, ce qui pourrait concorder avec l’identité du poète et cavalier expérimenté, qui était notamment allé de Paris à Rome à cheval.

 

Dans la mythologie grecque, les Pléiades désignent les sept filles d’Atlas et de Pléioné métamorphosées en une constellation, celle du Taureau.

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