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Piégés comme des éleveurs de lapins... |
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Hubert Des Minières, directeur de l'hyper Intermarché des Longchamps à Rennes, explique aux représentants des producteurs bretons que la viande de lapin constitue une niche. © Valentin Asselain
Les éleveurs de lapins ne sont pas bien nombreux. Et ils sont dans une situation périlleuse : viande achetée trop peu cher, perte de la revente des peaux, hausse du prix de l’aliment, perte d’intérêt du consommateur. Et un risque de maladie hémorragique terrible pour les cheptels.
L’élevage de lapin est en crise faute de prix suffisant payé aux éleveurs. Une vingtaine de producteurs bretons sont venus l’expliquer hier matin, dans le calme, au directeur de l’Intermarché des Longchamps à Rennes, sous la conduite de Frédéric Blot, responsable de la section cunicole de la FRSEA.
Venus en couples, ou accompagnés d’éleveurs en retraite, ils ont rencontré le directeur du magasin, Hubert des Minières, et collé des autocollants sur les barquettes de lapin découpé en rayon expliquant que le prix affiché ne paye pas le producteur.
" Nous demandons une revalorisation de 20 centimes du kilo au producteur, soit 50 centimes de plus pour le consommateur sur un lapin entier, explique Frédéric Blot. C’est la condition pour que les éleveurs français ne disparaissent pas les uns après les autres. Veut-on que le consommateur français ne dépende que de producteurs espagnols ou italiens ? "
Frédéric Blot assure que " lorsqu’on explique cela en négociation commerciale avec les centrales d’achat, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut faire un effort. Malheureusement, les négociations qui auraient dû aboutir fin février ne sont toujours pas terminées ". Le lapin est actuellement payé environ 1,65 € du kilo aux éleveurs. Un éleveur regrette que "l’on ait depuis six mois seulement un contact direct avec les centrales d’achat. Jusqu’à présent, ce sont les abatteurs qui menaient cette négociation. Au début, nous avons été écoutés. Mais maintenant, ça ne bouge plus".
On ne compte plus que 120 éleveurs de lapins en Bretagne (sur 1 200 en France) contre 250 il y a dix ans.
Ils sont pris en étau par la hausse du prix des aliments (achetés auprès des industriels spécialisés car trop complexes à produire en autonomie), qui représente 44 % du coût de production, et la stagnation du prix de la viande.
La valorisation de la peau des lapins a toujours été une source complémentaire de rémunération pour la filière. Le débouché chinois se serait effondré il y a quelques années pour des raisons internes aux entreprises spécialisées en Chine.
À ces difficultés, s’ajoute la baisse générale du marché de la viande, plus marquée sur le lapin. Si les éleveurs sont démunis face à la sensibilité particulière qui s’exprime de la part des jeunes consommateurs vis-à -vis d’un animal perçu comme étant d’agrément avant tout, ils insistent sur le fait qu’à l’intention des autres consommateurs "de grands efforts ont été accomplis par la filière pour proposer des produits innovants et faciles à cuisiner" (viande découpée, marinée, en nuggets, en saucisse, halal, etc.).
Ceci afin de rassurer le consommateur et de compenser l’érosion de la vente de lapin entier. "Le lapin offre une viande goûtée, peu grasse, très riche en omégas 3. Tous les atouts diététiques !" La viande de lapin française de qualité standard (sans label) en barquette est commercialisée aux alentours de 15 € du kilo, ce qui se situe à mi-parcours entre l’équivalent en volaille fermière et non fermière.
S’il était besoin d’ajouter une difficulté à la filière, celle-ci est confrontée à une épidémie de maladie hémorragique virale (VHD) qui peut décimer un élevage en quatre jours. Compte tenu du coût de la vaccination, seules les reproductrices sont vaccinées, ce qui expose leur descendance à la maladie. « Dans le contexte actuel, les éleveurs touchés ne s’en relèvent pas », précise Frédéric Blot.
Dans un tel contexte, c’est avec une immense inquiétude que les éleveurs de lapins voient se profiler une possible interdiction de l’élevage en cage, à l’instar de ce qui se passe actuellement pour les poules, non pas pour des raisons réglementaires, pour du fait des décisions commerciales de la grande distribution. "La cage, c’est le clapier de nos grands-mères, mais en plus propre ! Le lapin ne gagnera pas de bien-être en étant élevé différemment. Quant aux producteurs, ils ne sont pas en situation de s’adapter à une autre forme de production", estime un éleveur.
La production française de lapin est d’environ 57 400 tonnes équivalent carcasse (TEC), pour un marché intérieur de 54 492 TEC. Les exportations se montent à 5 693 TEC et les importations à 2 785 TEC. Le marché intérieur français était d’environ 200 000 TEC en 1979. La consommation moyenne de viande de lapin en France par habitant et par an est passée de 5 kg en 1979 à 800 grammes aujourd’hui. La production française est exposée à des importations en provenance d’Espagne et d’Italie.