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La Tourlandry. Ils cassent des murs pour faire revivre "leur" château... |
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Les propriétaires Pascale Luciani et Philippe Derambure, avec entre eux deux, Stéphanie Thomas, coprésidente de l’Association des amis du château ; aux fenêtres, une partie des bénévoles du week-end. © Nathalie Hamon
Un couple de Parisiens, propriétaires d’une demeure du XIXe siècle depuis la fin 2016, à fait appel à des bénévoles, les 24 et 25 mars, pour entamer un vaste chantier de restauration, à La Tourlandry, commune déléguée de Chemillé-en-Anjou (Maine-et-Loire).
« Protégez-moi la baignoire, on la garde… » Tout au bout de l’allée du Maillé, de part et d’autre de la bâtisse d’époque Napoléon III de 750 m2 répartis sur quatre niveaux, la charpente est mise à nu ; les coups de marteau mettent des murs en pièces ; les couches de papier peint et de tissus muraux d’une autre époque, un peu vieillots, tombent en lambeaux…
Des douves parfaitement conservées
Tout le week-end, une bonne quarantaine de volontaires se sont attelés au chantier colossal de la vaste demeure du XIXe siècle, plantée dans une propriété dont l’histoire remonte au Moyen-Âge, ceinte de douves emplies d’eau parfaitement conservées, où existaient autrefois un château fort et une tour.
« Demolition party », telle est l’invitation qu’ont lancée pour deux jours les propriétaires, Pascale Luciani et Philippe Derambure, un couple de Parisiens qui cherchait à changer d’air en Province, sur un site patrimonial « noble » chargé d’histoire.Voici quelques mois, « on connaissait trois-quatre personnes, aujourd’hui on en connaît plein ! »
Quarante fenêtres à changer
Ils en ont visité des châteaux avant de jeter leur dévolu, en septembre 2016, sur celui-ci, planté dans les Mauges, entre Cholet et Angers. Une ville près de laquelle l’enseignant universitaire spécialiste du numérique, ex-créateur de jeux multimédias en France, a en partie grandi, raconte sa compagne.
La restauration, le devenir de ce château aux quarante fenêtres à changer, a progressivement germé dans leurs têtes. Sauf surprises et imprévus, le business plan est écrit jusque dans les moindres détails.
Pascale Luciani et Philippe Derambure aménageront leurs appartements privés au sous-sol ; créeront « un cadre idéal » dans les salons pour du coworking, des réceptions, des mariages ; proposeront des chambres d’hôtes aux professionnels pour les deux tiers de l’année et aux touristes durant la saison estivale. « Chaque pièce évoquera les sciences et techniques… Un copain agrégé bosse là dessus. »
Quatre à cinq chambres prêtes en 2019
Pascale Luciani et son compagnon transféreront aussi, ici, leur activité touchant au numérique, aux nouvelles technologies, dans le sillage des start-up. La femme d’affaires au CV bien rempli, membre du Conseil national du numérique, élue dans une commune du Val-de-Marne, sait où elle va. « Les salons seront ouvrables l’hiver prochain ; quatre ou cinq chambres, prêtes en 2019 », indique la quinquagénaire déterminée.
Plutôt que de faire uniquement appel à du crowfounding – financement participatif – pour restaurer les lieux, les néochâtelains ont imaginé ce chantier collectif qui leur permettra tout de même d’économiser quelque « 25 000 € ».
Le maçon de la commune qui coordonne le travail de ces ouvriers inhabituels, Vincent Dénéchère, ne pensait pas qu’« autant de personnes viendraient donner un coup de main gratuitement », mais la mayonnaise a pris, grâce aussi à quelques pincées de curiosité.
Parcs et jardins ouverts cet été
En contrepartie du don d’huile de coude de quelques heures, les bénévoles seront conviés à découvrir l’ensemble des parcs et jardins, cet été, lors d’un grand pique-nique. « Ceux-ci seront ensuite ouverts au public », précise Pascale Luciani.
Un appareil photo à la main, l’Angevine Stéphanie Thomas, qui joue un peu le rôle d’un guide, adhère sans limites au projet et à sa philosophie. Elle copréside même, avec Philippe Derambure, l’Association des amis du musée de La Tourlandry qui a été constituée pour animer les lieux, comme ce week-end.
Cette militante de La République en marche, qui dirige une société de levée de fonds, et Pascale Luciani, tête de liste LREM aux Sénatoriales dans le Val-de-Marne en septembre 2017, ont d’abord fait connaissance sur le terrain politique, via le réseau social Twitter, avant de développer des liens amicaux, d’échanger leurs savoirs et de former une équipe, ici, à La Tourlandry.
Il avait imaginé une maison de retraite
Samedi, une majorité des volontaires en tenue de chantier venaient de la commune de La Tourlandry. Tel Laurent Maissin, marionnettiste : « À chaque fois que je passais devant le château, je me suis très souvent dit que c’était dommage de le voir se délabrer. Alors, l’idée de ces travaux m’a plu. À fond ! » Plus tard, l’artiste de 58 ans qui pratique le land art compte revenir y créer et agrémenter les extérieurs de la propriété de plusieurs de ses œuvres.
Le visage couvert de poussière de plâtre, Jean-Pierre, ancien chauffeur-routier de 67 ans, aurait, lui, volontiers imaginé une maison de retraite dans les lieux. « Mais bon… », lâche celui qui n’avait lui non plus jusqu’alors « jamais mis les pieds ici. »
Il ne regrette pas d’avoir participé : « C’est sympa. » Jean-Pierre discute même avec des habitants du secteur qu’il ne connaissait pas forcément, qu’il ne côtoyait pas… Dans le même temps, d’autres Landericiens observent de loin le couple de Parisiens ambitieux, venus quelque peu bouleverser leur quotidien et leurs habitudes.