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À la mairie, ils parrainent Ruth, sans papiers... |
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Le maire de Saint-Barthélémy-d'Anjou, Dominique Bréjeon, a célébré le parrainage républicain de Ruth, collégienne sans papiers.
Hier après-midi, à Saint-Barthélémy-d'Anjou, un conseiller régional et une enseignante sont devenus le parrain et la marraine républicains d'une collégienne angolaise en situation irrégulière.
En face d'elle, des hommes avec des écharpes bleu-blanc-rouge. Il y a là le maire de Saint-Barthélémy-d'Anjou, Dominique Bréjeon. Et derrière, les maires de Sarrigné, des Ponts-de-Cé, du Plessis-Grammoire mais aussi le député PS Luc Belot. Des élus de la République qui impressionneraient bien du monde. Ruth, 15 ans, regarde droit devant elle, sourit tranquillement.
À ses côtés, également ceint d'une écharpe, le conseiller régional écologiste, Mathieu Orphelin. C'est lui qui va devenir dans quelques minutes son parrain républicain. À sa droite, Patricia Fkihane, sa prof de français et de latin, sa future marraine. Eh oui, elle, la collégienne angolaise sans papiers, va être baptisée civilement dans une mairie. Comme un pied de nez aux services de l'État, et en particulier à l'Ofpra, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui lui a refusé sa demande d'asile. À elle et sa mère Suzanna, qui ont fui à toutes enjambées leur pays, voilà près de trois ans.
« Avec autant d'anges gardiens... »
« Liberté ne doit-il pas rimer avec fraternité, feint de s'interroger Dominique Bréjeon. Dans ce parrainage, une seule préoccupation me paraît essentielle : l'humain. » C'est bien ce que pensent aussi ses amies, Camille et Tiphaine. Qui soufflent, émues, le verbe posé et décidé : « Tu es parfaitement intégrée à la vie du collège. C'est impensable que tu n'en fasses plus partie ».
Les deux collégiennes racontent : « Pendant plusieurs mois, on n'a pas su que Ruth était sans papiers. Elle est toujours souriante... Quand on a appris qu'elle devait repartir dans son pays d'origine, on a ressenti un sentiment d'injustice. » Tout comme ses enseignants du collège de la Vénaiserie qui, depuis plus dix mois, bataillent pour que leur élève ne soit pas expulsée : « Quand elle est arrivée, Ruth a tout voulu du collège : le français, le latin, l'anglais, l'allemand, affirme l'une d'elle. Elle comprend Hugo, Montesquieu. Elle vise l'excellence ! »
« Avec autant d'anges gardiens, l'histoire ne pourra que bien se finir, croit deviner Mathieu Orphelin. Ruth, je te souhaite de passer bientôt de collégienne sans papiers à lycéenne avec papiers ! »
Reste au maire à célébrer le baptême civil. Il le fait simplement et solennellement. Ici et là, sur les visages, des larmes coulent sur les visages. Il est 15 h 15, Ruth a un parrain et une marraine. Applaudissements de la centaine de personnes. La chorale du lycée entonne Les petits papiers de Régine, revue et corrigée... Suzanna, la mère de Ruth, dit simplement : « Tout ça me fait beaucoup de bien ».