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À Juigné-sur-Loire, on n'a pas oublié les 19 enfants noyés4 |
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Les secours se sont succédé sur les lieux, pour aider les enfants et récupérer les corps, happés par le courant dans un bras de la Loire.
Le 18 juillet 1969, les enfants piégés par le courant périssaient dans un bras de la Loire. Parmi eux, un adolescent de 11 ans. Ses parents se souviennent.
Il y a quarante ans cet été, dix-neuf enfants du centre de loisirs Joseph-Bouëssé de Mûrs-Erigné ont perdu la vie lors d'une baignade, happés par le courant dans un bras de la Loire, à Juigné. D'ordinaire, les jeunes avaient coutume de se baigner sur une plage surveillée, aux Ponts-de-Cé. Mais ce vendredi 18 juillet 1969, le groupe de 76 enfants encadrés par quatre moniteurs avait choisi de pique-niquer sur les berges ombragées de Juigné-sur-Loire.
Malgré les secours dépêchés en urgence sur place, dix-neuf baigneurs âgés de 10 à 13 ans, originaires d'Angers, des Ponts-de-Cé et de Mûrs-Erigné, n'ont pas survécu. Ce n'est qu'au fil des heures que la Loire a consenti à livrer aux familles les corps des victimes.
Parmi elles, la dépouille d'un adolescent de 11 ans, fils d'un couple de retraités. « Rien n'effacera jamais le souvenir de cette journée. Quarante ans après, il ne se passe pas un jour sans que je pense à notre fils. J'en rêve la nuit. Je refais le film. Je me demande si mon enfant a souffert, s'il a repris conscience avant d'être transféré au CHU d'Angers », confie avec émotion sa mère.
Des secours importants
Ce jour-là, le jeune garçon était présent aux côtés de ses deux frères, âgés de 13 et 14 ans. Au moment du drame, vers 16 h 30, le cadet était sur la berge. « Nos deux autres fils se trouvaient dans l'eau. Un pêcheur a réussi à tendre une perche à notre aîné. Mais notre autre fils n'a pas pu être secouru », ajoute cette Ligérienne.
Les pompiers, les gendarmes et la Croix-Rouge affluent sur les lieux. Prévenus par une connaissance, les parents se rendent au CHU, où une chapelle ardente a été dressée. Ils ne peuvent que constater, comme d'autres familles effondrées, le décès de leur enfant.
Quarante ans après, ne restent plus qu'une peine immense et le sentiment d'un profond gâchis. « Notre fils cadet a été très marqué. Il a assisté à la scène, sans rien pouvoir faire », explique la mère. À l'époque, l'affaire est médiatisée et suscite de nombreuses réactions de personnalités (voir ci-dessous).
Le couple, lui, se réfugie dans le silence et tente en vain d'oublier. « Nous n'avons jamais cherché à savoir si les moniteurs avaient ou non été mis en cause. Nous avons tenu à remercier le pêcheur qui avait sauvé la vie de notre aîné. Cet homme est décédé aujourd'hui, mais nous lui sommes reconnaissants à jamais ».
« Pas pu retourner sur les lieux »
Depuis, les panneaux ont été renforcés sur les berges de la Loire, pour mettre en garde les curieux contre les « culs de grève », ces affaissements de sable provoqués par les courants.
Il y a quelques années, un pilote d'hélicoptère de la Sécurité civile, qui avait pris part aux secours, a éprouvé le besoin de retourner sur les lieux, pour se souvenir.
Les parents, eux, n'ont jamais pu. « C'est au-dessus de mes forces, confie la mère. À chaque fois que je passe sur les bords du fleuve, j'ai le coeur serré. »
Fanfan