Mûrs dénonce les pesticides, « Tchernobyl lent »
François-Noël Pavie et Jean-Paul Jaud, réalisateur du film Nos enfants nous accuseront.
Devenir une vigie dans notre monde en perte de repères : c'est l'un des buts du Festival du film nature. Un but atteint tous les soirs...
Mais d'où vient cette hécatombe dans les ruches ? Si les abeilles sont sur le point de disparaître, il y a danger pour l'humanité ! Samedi soir, la réalisatrice Natacha Calestrémé venait tout juste de terminer le montage de son film lorsqu'elle a surgi à Mûrs-Érigné pour tirer la sonnette d'alarme.
Lundi soir, c'était au tour de Jean-Paul Jaud de nous mettre en garde avec son film, lui aussi présenté en avant-première : Nos enfants nous accuseront. Cette fois, il s'agissait de raconter la façon dont le restaurant scolaire de Barjac, dans le Gard, a basculé dans les menus bio !
De quoi susciter, là aussi, un débat enflammé. Forcément, l'agriculture intensive est dans le collimateur, avec sa propension à utiliser les pesticides. « Un crime contre l'humanité : 96 % des rivières sont polluées », dénonce Pierre Desbrosses, docteur en sciences de l'environnement et agriculteur biologique.
La pollution alimentaire, cause de 60 % des cancers
Il est appuyé par le professeur Belpomme, cancérologue, qui met dans le même panier pesticides et additifs alimentaires. Il en a dénombré 14 dans un sandwich. La pollution alimentaire est la cause de 60 % des cancers, le reste étant provoqué par les pollutions respiratoires et cutanées : « On sait. Maintenant, l'homme a rendez-vous avec lui-même. »
Pourtant, des solutions existent. Le professeur Belpomme veut croire à cette agriculture naturelle qui pourra sauver les hommes. Oui au bio, mais d'autres formes de culture traditionnelle existent, comme le mulchage. Quand osera-t-on fixer les prix non plus à la tonne, mais à la qualité.
Et quand l'Europe acceptera-t-elle d'en finir avec la Pac, qui fausse tout : 12 milliards versés à l'agriculture intensive pendant les trois dernières années, 15 millions à l'agriculture bio. « A quand la vérité des prix ? »
Il est tard. Aux élèves du lycée agricole de Pouillé qui doivent partir, il lance : « Refusez d'aller aux fruits du pesticide. Préservez-vous ! Il y a danger, sauvons les femmes et les enfants d'abord ! » On a compté 30 traces de pesticides dans des foetus : « Un Tchernobyl lent. »
Le professeur de biologie de Pouillé avoue que la situation est difficile. Les enfants ne connaissent plus les milieux. On n'enseigne pas l'écologie. Ils sont pro OGM et on les montre du doigt : « C'est plutôt les coopératives qu'il faut dénoncer. »
Ouest-France