Me Fadela Houari et Me Thomas Bidnic, du barreau de Paris, avocats de Jean-Michel Guarnori, interviewés par le correspondant de RFO (Réseau France Outre-mer). : Il avait mis au point un arsenal de vente forcée chez des commerçants d'outre-mer.
En vendant des liquides pour l'automobile et des produits industriels de nettoyage, il avait ciblé les marchés des départements et territoires d'outre-mer, parce que sa marge bénéficiaire pouvait y atteindre 300 à 400 %. « Le bon filon au mépris des règles commerciales, a rappelé Me Alain Fouquet, avocat du liquidateur. Et il laisse derrière lui un passif estimé à dix-sept millions d'euros. »
Depuis le 17 mars, l'ex-PDG, qui s'autoproclame « deuxième fortune d'Angers », comparait, avec sept autres de ses salariés, dont sa femme, pour avoir dupé des centaines de commerçants installés aux Antilles, en Guyane, à la Réunion, en Guadeloupe...
Une escroquerie évaluée à trois millions d'euros
« Des bons de commandes multipliées par dix, des devis ou des demandes d'échantillons transformées en commande ferme, des faux et usages de faux, des délits financiers, de la corruption », ont énuméré les avocats des parties civiles. Des faits qui remontent à dix ans. Et la vice-procureure, Annabelle Aubry, de constater que de nombreuses victimes ont, depuis, tourné la page, se doutant bien qu'elles ne reverront jamais leur argent.
Alors que le parquet d'Angers évalue l'escroquerie à trois millions d'euros et les différentes tentatives à près de onze millions, la magistrate a décrit la « République bananière » inspirée par Jean-Michel Guarnori. « Il s'affranchit de toutes les règles en trichant, en confondant sa trésorerie personnelle et celle de ses sociétés, en jouant en bourse son chiffre d'affaires, en corrompant les fonctionnaires. » Et de requérir trois ans d'emprisonnement ferme pour ce PDG « sans éthique ni déontologie, qui fait honte à la profession ». Une peine assortie d'une amende de 30 000 € et d'une interdiction de gérer.
En ce qui concerne les salariés, co-auteurs pour les commerciaux, complices et petites mains pour le comptable, les assistantes à l'export, les secrétaires, la magistrate requiert des peines allant de deux mois avec sursis jusqu'à vingt-quatre mois dont vingt-deux avec sursis.
En défense, la plupart des avocats ont plaidé la relaxe de leurs clients. Soutenant que tout avait été fait dans les règles « avec des commerçants aguerris, des professionnels de la transaction commerciale ». Les défenseurs de Jean-Michel Guarnori reconnaîssent cependant des négociations trop rapides, un peu à l'arraché, « mais qui ne constituent pas des infractions pénales » Réponse du tribunal le 23 juin.
Yves LAUNAY.

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