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Ils vivent et travaillent en bateau sur la Maine... |
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Dans sa gabarre, Michel Édouard apprécie de passer dans un monde plus serein.
A l'année, cinq péniches et vingt bateaux sont amarrés dans le port d'Angers. Bonheurs et contraintes de la vie sur l'eau en osmose avec la rivière.
Elles s'appellent Pia, Lamantin, Avontuur, certaines sont des entreprises sur l'eau, d'autres sont des habitations venues de Hollande, les uns sont graphistes, transporteurs, ouvriers. Les péniches amarrées à Angers ont parfois une longue histoire derrière elle. Sur les ponts, chaises longues, tables de jardin : manifestement on y vit comme tout le monde... Enfin pas tout à fait !
« Pourquoi je n'ai que des plantes du sud sur le pont ? Parce qu'en été, ce sont les seules à ne pas être brûlées par la réverbération », confie l'habitant du Pia. Il a amarré sa péniche à Angers en raison de son travail. Cela fait longtemps qu'il vit sur l'eau. S'il apprécie la toute récente installation d'électricité et d'eau installée sur les berges, perce une petite pointe de nostalgie. « Je filtrais mon eau, j'avais 2 000 litres de réserve et je fabriquais mon électricité avec un groupe. On était alors très solidaires. »
« Un autre monde »
Certains sont partis, piliers d'une vie fluviale qui tend à se normaliser, ils choisissent de naviguer ici et là. Le gros chien du Pia saute dans la barque qui relie la péniche à la terre : il est né sur l'eau, c'est là qu'il se sent vraiment chez lui. Son maître a ramené la Pia de Hollande où on trouve des péniches beaucoup moins chères. « Dès qu'on franchit une passerelle, on entre dans un autre monde. J'ai créé Atmosphère, entreprise de graphisme et communication, sur une péniche. Mais on reste très connecté. Les clients adorent venir à bord, même si on leur propose de se déplacer, ils insistent souvent pour venir », confie Luc Merceron, qui a passé toute son enfance sur les bords de La Loire. Et il poursuit : « La péniche, c'est une superbe vitrine professionnelle. À la tombée de la nuit, c'est magique avec le pont illuminé. C'est un milieu atypique favorable à la créativité. Ce n'est pas palpable. C'est diffus mais travailler sur une péniche ça donne des ailes à toute l'équipe de dix personnes qui créent ici. »
Luc Merceron a sa propre station d'épuration pour ses eaux usées. Il passe une bonne partie de l'été sur une toue cabanée amarrée à côté : un bateau, c'est aussi une maison secondaire, on part pour Saint-Florent-le-Vieil, à Cantenay-Épinard ou plus loin, jusqu'à Saint-Malo...
De sa gabarre amarrée au ponton, Michel Édouard savoure : il voit de loin, au pied du château, le flot des voitures. « J'ai mon domicile à terre. On n'a pas le droit de vivre à l'année sur le bateau, s'il est amarré au ponton. Sur mon bateau, j'ai l'impression de me retrouver en dehors de l'agressivité du monde. »
Tout y est en bois, même les assiettes, les couverts rapportés de ses voyages autour du monde. Il préfère, à l'électricité, s'éclairer à la bougie. Mais ne vous fiez pas à son calme. Un bateau demande une vigilance constante. Même à la terrasse du café, Michel reste en osmose avec les caprices du fleuve, du vent, de la pluie. Le vent se lève... Il faut vérifier l'amarrage. Michel va tirer sur l'écoute. Pardon, une corde en langage terrien.