Les enfants de Saint-Philbert-du-Peuple ont rendu hommage à Fabien Docet, rentré en France dimanche dernier. Une traversée jalonnée d'aléas climatiques et matériels. « La traversée des rivières a été particulièrement difficile, j'ai pris de sacrés bouillons ! On ne peut pas lutter contre le courant et il faut traverser en plusieurs fois pour transporter tout le matériel. » Après avoir franchi les montagnes rocheuses, il arrive à Norman Wells, tout près du cercle arctique. Les haltes et les étapes se succèdent dans l'immensité glacée, avec des températures qui flirtent parfois avec les - 65 °C. L'aventure, la vraie.
« J'ai manqué de nourriture »
À 150 km de Churchill, une ville de l'est qui borde la baie d'Hudson, l'équipée de Fabien Docet marque un coup d'arrêt. « Je suis tombé dans un cul-de-sac. La neige avait envahi un terrain déjà très accidenté et la végétation avait poussé pour former un mur de petits sapins très serrés. J'ai cherché une issue pendant six jours. À force de tourner et virer, les vivres ont diminué et j'ai manqué de nourriture. » Il utilise alors son téléphone satellite pour prévenir sa compagne, Léonie Sommer. Elle pilote l'intendance à distance depuis la France. Son assurance française refuse d'engager les fonds pour envoyer un hélicoptère le secourir. C'est finalement la gendarmerie royale canadienne qui volera à son secours.
Après son rapatriement à Churchill, celui que les autochtones surnomment Whitefingers, à cause des engelures qui endolorissent ses doigts, poursuit son chemin jusqu'à Thunder Bay. Les lacs glacés font place à la transcanadienne d'asphalte. Sa traversée se termine là-bas. « Ce n'était plus ma vision du voyage, marcher sur une route goudronnée n'avait plus d'intérêt. » Plus que les paysages, ce sont aussi des rencontres exceptionnelles qui lui laisseront des souvenirs inoubliables. « Je me suis fait de vrais amis, comme Paul ou Kenneth, que j'ai rencontrés pendant mon voyage. Si vous êtes humble et simple, les gens du nord vous accueillent à bras ouverts. »
Il écrit un carnet de voyage
Ce groupe de soutien, qui s'organise au Canada et en France, Fabien et Léonie l'ont baptisé « la cordée ». Belle image pour remercier les rares personnes qui les ont épaulées pendant cette épopée singulière. Car nombreux sont ceux qui n'ont pas cru dans le projet. « Mais je les remercie aussi. Ils m'ont donné la niac pour y arriver, je n'aurais pas pu leur faire le plaisir d'abandonner. »
Une semaine tout juste après son retour en France, Fabien bouillonne déjà de projets pour repartir dans le Grand Nord. Ce gaillard aux yeux bleus prépare déjà l'écriture de son carnet de voyage et rechaussera ses bottes en janvier. Pas pour marcher cette fois, mais pour travailler aux côtés de sociétés canadiennes dans la prospection d'uranium, d'or et de diamants.
Paul GYPTEAU.

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