Et le théâtre d'Angers devint maison du peuple
Vendredi 31 mai, les grévistes défilent dans les rues angevines en réponse au défilé de la veille, visant à soutenir de Gaulle. En tête de cortège, on reconnaît les leaders syndicaux Marcel Paquereau (Fen), Jean Monnier et Robert Robin (CFDT). : DR.
Récit des événements de Mai 68, second épisode (voir OF de jeudi). Trois moments forts : le 25 mai,le pouvoir vacille; le 27, le théâtre d'Angers pris d'assaut; le 17juin, la reprise du travail à Cégédur.
+ Mai 68 à Angers, ça vous rappelle des souvenirs ?
Vendredi 24 mai : manifestation agricole
Elle vise, selon Joseph Ariaux, président de la FDSEA, à tirer « la sonnette d'alarme ». Pour la seconde fois, les syndicats paysans acceptent d'organiser un rassemblement commun avec les fédérations ouvrières et étudiantes. Trois mille personnes sont présentes ce jour à Angers, dont 50 % de paysans, pour écouter les différents orateurs. On y évoque notamment la condition de la femme dans l'agriculture...
Samedi 25 mai : 28 usines occupées, le pouvoir vacille
Sur 108 entreprises industrielles en grève, 28 sont occupées : Ernault-Somua, CSF, Soretex, Cégédur, Thomson, Bull, Cibié, Rapidex, la Manufacture d'allumettes, les Ardoisières... Ceux qui ont le pouvoir s'affolent. L'anecdote figure dans le livre de Maurice Grassin sur Jean Monnier. Le préfet fait venir le leader syndical pour lui donner des consignes, au cas où... « Voilà où sont mes dossiers importants, s'il y a un clash ! » Le préfet Vimeney ouvre un tiroir de son bureau. Jean Monnier aperçoit un pistolet. À l'hôpital d'Angers, un professeur arrive un matin pour apprendre qu'il n'est plus chef de service, et que cette fonction est assurée par « le pouvoir étudiant ». L'administration vacille... Le sport est également touché. Notamment le football professionnel. Et même la ligue reporte des compétitions.
Dimanche 26 mai : l'Église s'organise
Au fur et à mesure que la grève s'installe, la solidarité s'organise. Le dimanche 26 mai, l'évêque d'Angers informe les curés et les paroissiens que les produits de la quête iront aux familles de grévistes en difficulté.
Lundi 27 mai : le théâtre d'Angers pris d'assaut
Au coeur des accords de Grenelle, l'intersyndicale lance une manifestation dans tout le département. L'importance du mouvement, qui réunit 18 000 personnes, démontre que beaucoup de salariés sont favorables aux revendications et attendent une amélioration de leur condition. À la suite de la manifestation des étudiants pénètrent par effraction dans le théâtre d'Angers immédiatement transformé en « maison du peuple » et pavoisé de rouge et de noir. Tard dans la nuit du 27 au 28, dans la salle « où se réunissait la bourgeoisie cultivée d'Angers » décrivent les manifestants de l'époque, des débats animés se poursuivent entre 500 étudiants, enseignants et ouvriers. Cette attitude « trop révolutionnaire » heurte les syndicats de salariés et leur pression, conjuguée à celle de Jean Turc, maire d'Angers, et conduit les étudiants à abandonner le théâtre dès le 29 mai.
Vendredi 31 mai : encore des défilés
Les grévistes répondent à la manifestation du jeudi soir (5 000 à 10 000 personnes) en faveur du général de Gaulle. La rue est noire de monde à Angers (5 000), Cholet (1 000) et Saumur (500). N'acceptant pas d'être désignés par les représentants d'une « anti-France, ils brandissent des bannières tricolores, chantent la Marseillaise et clament : « Nous aussi sommes républicains. » Jean Monnier dénonce l'action des CDR (Comité de défense de la République) comme un mouvement « pour la défense des privilèges d'une minorité ».
Lundi 10 juin : la reprise tarde à venir
La reprise annoncée est longue à se réaliser. Ainsi, le 10 juin, la métallurgie compte encore 5 000 grévistes sur 16 000 salariés.
Mercredi 12 juin : c'est la fin en Anjou mais...
Dernière manifestation de 300 grévistes à Angers contre la répression policière à Flins et Sochaux. Ce rassemblement à la bourse du travail se disperse sans incident après l'interdiction de manifester, signifié par le préfet aux responsables syndicaux. C'est la fin d'une mobilisation sans précédent dans le Maine-et-Loire. Mais en Anjou, le vrai point final de mai 68 aura lieu le lundi 17 juin avec la reprise du travail à Cégédur (Montreuil-Juigné), après 28 jours d'inactivité.
Ouest-France