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Elles racontent leur tour du monde du handicap... |
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Flavie Thevenet et Noémie Jehanne ont voulu associer la présidente de l'association {Accolade}, Catherine Bouev.
De juin 2010 à juin 2011, Flavie Thevenet et Noémie Jehanne, deux Angevines, ont filmé le handicap, de la Suède au Sénégal, de la Bolivie au Cambodge. Des courts-métrages sont visibles sur internet.
Entretien
Comment ce projet est-il entré dans vos vies ?
Nous avons toutes les deux 30 ans. On ne se connaissait pas avant d'embarquer pour un an de vie commune ! On a vu une annonce sur internet et on s'est lancées, chacune pour des raisons différentes. Nous avons alors rencontré Catherine Bouev, présidente de l'association {Accolade}. Son objectif : faire découvrir le handicap à ceux qui ne le connaissent pas. Car l'inconnu fait peur. Le projet nous a menées sur les cinq continents. De la Suède au Sénégal, de la Bolivie au Cambodge, nous avons découvert les mentalités face au handicap dans 15 pays. Sur place, nous avons rencontré des associations, mais aussi des familles.
Qu'en avez-vous ramené ?
Le fruit de ce projet est une série de courts-métrages. Ils sont en ligne sur le blog multicap.org. Pour les interlocuteurs que nous avons rencontrés, nous travaillons également à la création d'un site internet. Ce sera un lieu d'échange pour les associations du monde entier liées au handicap, mais aussi pour les bénévoles qui cherchent un projet ou les particuliers en quête de renseignements. Enfin, un long-métrage sera produit courant 2013.
Une expérience vous a-t-elle marquée plus qu'une autre ?
C'est la même pour nous deux. Au Maroc, alors qu'on avait presque fini de tourner, la femme de ménage de l'association où nous étions est venue nous demander de filmer sa fille, handicapée. C'était la première fois qu'on nous sollicitait directement, sans que nous ayons besoin d'expliquer notre démarche. La maman nous a attendues toute la journée. Elle nous a ensuite conduites dans un bidonville. Là, nous sommes entrées dans un minuscule abri de taule. Sa maison. Sa fille, Samia, 7 ans, n'a pas de bras et une jambe atrophiée. Pourtant, elle va à l'école. Elle écrit avec son pied. Et c'est le clown de sa famille.
Quelles différences de comportement avez-vous observé selon les pays ?
La réaction face au handicap est culturelle. Elle dépend beaucoup de l'éducation. Il y a donc de grandes différences au sein d'un même pays. Mais s'il fallait établir un classement, la Suède arriverait en tête. Là-bas, le handicap est tellement normalisé et intégré à la vie de tous les jours que les gens sur place ne comprenaient pas notre démarche. Tout est adapté aux personnes handicapées. Dans les pays moins développés en revanche, le handicap est davantage perçu comme une honte. En Bolivie, dans les campagnes, certaines familles cachent toujours leur enfant handicapé. Ce projet nous a donné une vision d'ensemble. Cela permet de se rendre compte que la situation est bonne en France. Elle s'est beaucoup améliorée depuis cinq ans.
Anne-Emmanuelle LAMBERT.
Ouest-France