« Je ne remercierai jamais assez Michel Léger et Tom Becker qui m'ont sollicité pour venir (en 1986) à Cholet Basket », assure Laurent Buffard, reconnu aujourd'hui dans le basket féminin comme l'un des plus grands coaches en Europe. : Archives Ouest-France - Georges MesnagerTrès honoré, très, très fier. Je ne m'y attendais pas. En plus, je suis le premier parrain entraîneur [...] Ils ont rencontré beaucoup de problèmes, avec des équipes qui se sont désistées. Avec Antoine Rivereau (ndlr : le président du Mondial), on s'appelait régulièrement. Comme je n'ai rien de particulier à faire, je me suis dit : « Je vais lui donner un petit coup de main car ce n'est pas si évident à faire. »
« J'ai toujours aimé être un leader, emmener derrière moi des gens vers un même objectif »
Revenons sur votre licenciement d'Ekaterinburg, fin décembre. Avec plus de recul, comment l'analysez-vous ?
Evidemment, il y a beaucoup de regrets. Avec Jacky (Moreau, son fidèle assistant, Choletais lui aussi), on respectait le contrat. On était 1ers en Euroleague. Malheureusement, c'est la vie de tout entraîneur. Aujourd'hui, que l'on soit 1er ou dernier, on se fait virer, donc on ne sait plus trop ce qu'il faut faire. Mais je sais, avant de signer, qu'on est de passage, que notre métier est difficile, donc je suis moins aigri qu'avant. Ceci dit, je crois qu'il y a une politique de vouloir remettre les entraîneurs russes sur le marché. La fédération est passée par là.
Là-bas, vous aviez un chauffeur, un interprète... Avez-vous d'autres anecdotes sur cet univers luxueux ?
J'ai vécu quelque chose d'exceptionnel. C'est la petite NBA : avion privée pour se déplacer, ils avaient même acheté un aéroport ! Dans le contrat, j'avais une cuisinière et une femme de ménage, que je n'ai jamais sollicitées [...] Dans le staff, il y avait 10 personnes. Tout est organisé au détail près : la serpillière pour ne pas glisser, les mouchoirs en papier [...] Quand on partait en déplacement, on touchait 100 euros. C'était de l'argent de poche, même pas pour manger. Il y a d'ailleurs une personne qui ne s'occupait que de ça : des déplacements, où on mangeait, à quelle heure... Dans les menus, il y avait cinq entrées, cinq plats de résistance, cinq desserts, pour que chacun retrouve un peu la nourriture de son pays. Bon, après, l'étranger... En France, en fait, on est très bien. Après ce que j'ai vécu, il faut en être fier.
Pourquoi dîtes-vous ça ?
Là-bas, la dignité humaine n'existe pas. L'être humain, on le met sur un piédestal et demain on peut le piétiner. Il y a vraiment les très riches et les très pauvres. De mon appartement, alors que j'habitais dans une résidence vraiment luxueuse, je voyais parfois des gens qui faisaient les poubelles pour trouver à manger...
Aujourd'hui, de quoi est fait votre emploi du temps ?
Il est assez chargé. Là, je vais faire des conférences basket. Je vais voir un peu les entraînements et beaucoup de matches, notamment à la télé. J'écris aussi, sur ce que j'ai fait en Russie et à Valenciennes. C'est un peu d'histoire, pour quand je serai vieux [...] Je fais également toute une étude sur comment sera un club de demain, et sur le jeu de passe dans le basket moderne car il n'est pas encore assez développé. Les Américains jouaient très individualistes mais maintenant reviennent sur un basket très européen avec du collectif. Il faut être capable de savoir quelles sont les tendances du basket moderne.
« Revenir dans le basket masculin me passionnerait »
Le coaching vous manque-t-il ?
(Catégorique) Oh oui ! Enormément. Quand t'es habitué à diriger des gens deux fois tous les jours, à les coacher pour gagner, avec la pression, la gestion du stress, le briefing, le debriefing, la vidéo... Quand tu n'as plus ça du jour au lendemain... J'en profite pour faire des choses que je ne faisais pas faute de temps : le cinéma, la musique, les loisirs, le vin... Mais tu es coupé de tout.
Avez-vous des projets ?
Oui, masculins, féminins, l'Europe, il y a tout. La conjoncture est difficile, il ne faut pas faire le difficile. Je dois donner des réponses, dans les 15 jours - 3 semaines. Il faut tout étudier : le basket féminin m'intéresse car je le connais bien, mais cela me passionnerait aussi de revenir dans le haut-niveau du basket masculin.
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