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« J'ai fermé la dernière mine d'or de l'Ouest »

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photo louis liegeard a plongé jusqu'au cou dans le charbon de teillé avant d'aller « fermer » ia dernière mine d'or de l'ouest, à saint-pierre-montlimart, dans le maine-et-loire. âgé aujourd'hui de 85 ans, il est l'un des derniers mineurs de la basse-loire. 1

Louis Liegeard a plongé jusqu'au cou dans le charbon de Teillé avant d'aller « fermer » Ia dernière mine d'or de l'Ouest, à Saint-Pierre-Montlimart, dans le Maine-et-Loire. Âgé aujourd'hui de 85 ans, il est l'un des derniers mineurs de la Basse-Loire.

À Saint-Pierre-Montlimart, dans le Maine-et-Loire, on a cherché de l'or jusqu'au début des années 1950 ! Oui, de l'or. Louis Liegeard, 85 ans, en est le dernier témoin. À l'évoquer, son oeil brille comme une de ces pépites extraites de la roche blanche, dont il n'a pourtant jamais vu une miette...

« Un qui n'a pas vu, il peut pas croire ! » Et pourtant on ne peut que le croire sur parole, Louis Liegeard, car il est le dernier à avoir vécu le travail de fourmi des mineurs d'or de Saint-Pierre-Montlimart, dans le Maine-et-Loire... Il y a travaillé de 1949 jusqu'à 1953, date de la fermeture définitive du site, aujourd'hui enfouie sous une zone industrielle.

Assis derrière la table de son salon, dans son pavillon de Teillé, en Loire-Atlantique, l'homme aujourd'hui âgé de 85 ans, replonge soixante ans en arrière et 110 mètres sous terre. L'oeil brille comme une pépite à l'évocation de ces souvenirs. « Moi je n'étais pas vraiment un mineur. Je ne posais pas les mèches. »

Son boulot à lui, c'était d'installer, dans les galeries, les tuyaux et les pompes d'évacuation d'eau, de poser les rails, et de pousser les wagonnets en bois, une fois chargés, vers les cages d'ascenseurs qui attendaient au pied du puits. Sur des centaines de mètres, voir plusieurs kilomètres. « C'était lourd. Et dans la roche, le niveau du sol n'était pas plat. Ça montait, ça descendait. »

« Le mineur posait les charges, puis les faisait péter à la mèche ou à l'électricité. À ce moment-là, tout le monde se planquait. Fallait faire gaffe au souffle et aux cailloux qui volaient. Le bruit, on finissait par s'y habituer. »

Ses collègues, c'étaient des gars du coin, comme lui, mais aussi des Polonais, des Espagnols et des Italiens. « À 25 ans, j'étais le plus jeune. » Les mineurs (une dizaine) ne voyaient jamais la couleur de l'or. Une fois remontés à la surface, les blocs de roche blanche taillés à l'explosif étaient concassés dans une machine ; puis le noble métal extrait était traité une première fois à l'usine avant d'être purifié à Paris.

Ouverte en 1905, par la famille Blavier, les châtelains du village, la mine était déjà sur le déclin quand Louis Liegeard y est entré. La période faste, c'était 1910, quand 750 bonhommes s'activaient dans les sous-sols. La guerre était passée par là. La concurrence étrangère aussi. Lorsque le site ferme, quatre ans après son arrivée, Louis Liegeard n'a pas de regrets. Le travail harassant, huit heures sans voir le jour, et cette poussière de minerai qui se colle sur les poumons...

« À 25 ans, j'étais le plus jeune »

Et puis, la mine en général, il en avait déjà fait le tour. Douze ans, qu'il bossait dedans. Avant l'or, c'était le charbon, à Teillé, de l'autre côté de la Loire. « J'ai commencé à 16 ans. Je venais de me faire virer d'une usine de chaussures. Fallait bien que je trouve du boulot. Alors, j'ai rejoint mon père. À l'époque j'aimais ça. »

Au début, il n'avait pas le droit de descendre. Trop jeune, selon l'inspection du travail. « J'étais lampiste. Je nettoyais, distribuais et réapprovisionnais les lampes à essence. »

Son grand baptême a eu lieu au bout de deux mois. « Je n'ai pas trop de souvenirs de ce que j'ai ressenti. Je n'étais pas particulièrement impressionné. Faut dire que nous n'étions qu'à 25 mètres de profondeur. » Mais dans des galeries étroites : « 2 m de haut, sur presque autant de large », et linéaires.

« On travaillait surtout au marteau-piqueur. Dés qu'on avançait, il fallait étayer avec des poutres, sinon ça s'écroulait. J'ai perdu deux collègues pris sous des éboulements. » Des bons et des mauvais souvenirs, mais pas de nostalgie.

Ce qui rend Louis Liegeard nostalgique, c'est son dernier métier qui lui a permis, après avoir sondé les bas-fonds, de côtoyer les sommets. Un travail de grutier. À défaut d'être claustrophobe, le « mineur » découvre le vertige. « La première fois que je suis monté dans la grue, j'avais les chocottes. »

Sa plus haute ascension : « 55 mètres, sur le chantier des trois tours de Pont Rousseau, à Nantes. C'était en 1972. Je m'en souviens car c'est de là que j'ai assisté en direct à l'incendie de la cathédrale. Je racontais aux gars restés en bas. Et je me faisais engueuler parce que je travaillais pas. » Puis le sourire aux lèvres : « C'était bien là-haut. Si je pouvais, j'y retournerais. »

Benjamin SEZE.


De 1905 à 1953, 10 400 kg d'or ont été extraits de la mine, ouverte en 1905 au château de la Bellière, après la découverte, en 1895 d'un filon aurifère par le chatelain, ancien Inspecteur des Mines et l'un de ses amis minéralogiste. Déjà avant la guerre de 1939-45, la teneur en or était passée en quelques années de 15 grammes à 8 grammes à la tonne de minerai.

Exposition « Les gueules noires de la Basse Loire », jusqu'au 25 septembre, à la maison du département, à Ancenis (Loire-Atlantique).

Journée « De l'Anjou à la Guyane, chercheurs d'or, chercheurs de rêves », samedi 8 août, de 10 h à 19 h, au centre de loisirs de Saint-Pierre-Montlimart (49).

 
Ouest-France  

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