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jeudi 08 mai 2008

Pour Marcelle, la fracture a été trop brutale 

Les files d'attente devant les stations service, la peur de manquer... « En fait, ça rappelait la guerre », explique Marcelle.  : DRLes files d'attente devant les stations service, la peur de manquer... « En fait, ça rappelait la guerre », explique Marcelle. : DR

Marcelle Méchineau a 80 ans. C'est une figure incontournable à Segré, où elle a officié dans plusieurs associations. En mai 68, elle n'avait pas de métier précis, mais, entre ménages, tricots ou correspondance dans une caisse de retraite, elle travaillait à droite à gauche. Souvenirs.

« En mai 68, j'avais 40 ans. Pour notre génération, à cette époque-là, c'était quand même inquiétant de voir cette révolution qui se faisait un peu partout. Mon fils était à la fac de droit, à Angers. Et même lui, qui n'était pas forcément révolutionnaire, faisait partie des étudiants qui ont hissé le drapeau sur le théâtre. Dans notre petite campagne, ça faisait comme un tremblement de terre.

Les gens se précipitaient dans les supermarchés, les épiceries, pour faire des provisions. Je me souviens qu'il y avait aussi la queue dans les deux stations d'essence de Segré, sur la place de la République et rue Gambetta. La peur de manquer... En fait, ça rappelait la guerre. On ne savait pas comment ça allait évoluer. Ça avait commencé à bouger en avril, puis il y a eu tout mai, et encore juin avant que ça ne se tasse. Là on a respiré un grand coup.

Ce n'est que mon analyse personnelle, mais je pense qu'il y a eu de l'excès dans cet événement. Il est certain que ça a provoqué un bouleversement, ça a sûrement eu du positif. On a voulu aider les jeunes à prendre de la place dans la société. Et c'est très bien. Mais je crois que c'est allé trop vite. Beaucoup trop vite. Tout ce qui nous avait modelé nous, l'ancienne génération, a explosé. Vous savez bien, « Il est interdit d'interdire », voilà ce que tout le monde chantait. Tout était donc permis. Pour moi, on a perdu d'un coup, d'un seul, les notions d'effort, voire de respect.

Mon père était marchand de mouton. Quand il nous disait : « Aujourd'hui, on tond », alors on tondait. Je n'avais pas de métier, mais je faisais des ménages, des tricots, j'étais correspondante pour la Mutuelle de l'Anjou. Attention ! Je ne dis pas que tout était parfait. Un changement de mentalité était sans doute salutaire. Mai 68 a été une fracture. Mais trop brutale à mon goût. Je crois que l'on n'est pas plus heureux aujourd'hui. »

Fanny ROCA.

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