Que faire des berges ? On y apprend d'abord que la plupart des villes qui entament cette réflexion en profitent pour « réinvestir des sites délaissés à proximité des centres-villes ». L'étude préconise d'ailleurs que « l'implantation de nouvelles activités, la création ou l'amélioration de logements, associées à des aménagements de qualité et à une redéfinition des espaces, doivent contribuer à recentrer les villes sur leurs coeurs historiques et à y ramener les fonctions traditionnelles d'échange et d'animation qu'ils avaient perdues ». Un retour aux sources, une recherche d'un passé oublié que l'urbanisation avait fini par cacher...
Un aménagement qui ne se fait pas sans concession. Et là, les villes sont confrontées à un certain nombre de problèmes et d'enjeux communs, répète l'étude : « Tout aménagement des bordures d'eau présuppose d'abord une protection contre le (cours d'eau) dont les crues peuvent toujours représenter une menace. »
La circulation,question complexe
Et puis il y a l'automobile. Au coeur de toutes les réflexions sur l'aménagement des berges figure la question de la circulation. Que faire ? Un boulevard urbain, une 2 x 2 voies recouverte ? La question est complexe. Qui détient la vérité ? Les axes de circulation rapides semblent bannis. A Orléans, le programme prévoit le rétrécissement de la chaussée, la réalisation d'une promenade piétonne sur les pavés rénovés des berges et une piste cyclable dans le cadre de la « Loire en vélo ». « Des terrasses seront aménagées sur les berges et de nouveaux pontons serviront à l'accostage de cafés-restaurants flottants. »
Le rapport préconise aussi d'associer les habitants au processus de décision. Pas d'étude en cachette sur ce genre de projet : cela pourrait être mal interprété ! Un constat cependant : « Ce sont surtout les offres multiples dans les domaines des loisirs, de la culture et de la consommation qui séduisent les habitants et permettent d'assurer l'attractivité du projet. » La coopération public-privé semble une démarche de plus en plus indispensable pour la gestion de grands projets urbains, car « la conduite des projets de création et de développement des nouveaux quartiers en bordure de l'eau est généralement confiée à des sociétés d'économie mixte (Lyon Confluence, Bordeaux-La Bastide, île de Nantes) ».
Quid des transportspar voie d'eau ?
L'idée de rendre les berges accessibles aux citadins se traduit par des aménagements d'espaces publics sous forme de promenades paysagères, de pistes cyclables, de jardins et de parcs à proximité de l'eau, délimités par des quais rénovés et mis en valeur : « Cet espace intermédiaire entre la ville et le fleuve, que jouxte généralement un axe de circulation transformé en « boulevard urbain », crée le lien entre l'eau et les quartiers riverains. Pour ces derniers, il peut s'agir de quartiers anciens au bâti dégradé qui font alors, comme à Bordeaux rive gauche, l'objet de rénovation et de restructuration. »
Dans le cas de quartiers à créer sur d'anciens sites industriels (on pense notamment à l'avenir du quartier du Marché d'intérêt national, ou Min), autour de quelques îlots bâtis, les programmes se caractérisent par une urbanisation dense et une mixité des fonctions, associant logements, bureaux, commerces, équipements de culture et de loisirs. « L'implantation d'équipements publics ¯ un nouveau palais de justice (1) et une école d'architecture sur l'île de Nantes, un pôle universitaire à Bordeaux ou une faculté de droit à Rouen ¯ [...] doit renforcer l'attractivité des futurs quartiers. »
L'étude finit par poser cette question légitime : reviendra-t-on un jour à l'utilisation économique du fleuve en redonnant un essor aux transports par voie d'eau, comme le souhaitent certains ? En d'autres termes, comme le font Nantes, Paris et Lyon, pourquoi ne pas mettre en place à Angers des lignes régulières de transport de passagers, véritable alternative à l'automobile dans le centre-ville ?
(1) On parle des abords du Quai pour la future cité judiciaire angevine. Le projet se fera-t-il ?