Édition du mercredi 19 septembre 2007
Les tensions au Quai font des vagues
On est loin de la mutinerie, mais le capitaine Christopher Crimes confirme l'existence de réelles « tensions » au sein de cet équipement culturel naissant.
Le Quai, ce bel écrin dominant la Maine. Ce nouvel équipement culturel, si on croit la plaquette de présentation, répond à une superbe ambition : « Regrouper en un seul lieu tous les arts, le théâtre, la danse, les musiques, l'opéra, les arts de la rue, le cirque, les arts visuels... »Ainsi, quatre structures cohabitent : le NTA (centre dramatique national) dirigé par Frédéric Bélier-Garcia, le CNDC (Centre national de danse contemporaine) emmené par Emmanuelle Huynh, Angers-Nantes opéra et l'Établissement public de coopération culturelle (EPCC) dirigé par Christopher Crimes. Comment tout ce beau monde s'entend-il trois mois après l'ouverture du Quai ? Pas toujours très bien. Le propos se faisait insistant ces derniers jours : des tensions sont palpables dans les couloirs de cet équipement, qui engendrent forcément des coups de gueule ou incompréhensions entre les différents responsables des organismes de création.Interrogé, Christopher Crimes confirme l'existence de ces tensions, mais estime qu'elles sont « très positives ». Pour lui, « un théâtre qui héberge trois équipes artistiques, chacune avec le butoir de la première de leur création, dans quelques jours, produit forcément des tensions. Les doutes artistiques anxiogènes pour les uns s'accompagnent des surprises des autres et le tout crée des frictions, des exigences et des échanges qui sont on ne peut plus normaux dans un tel équipement. Malheureusement, le simple spectateur visiteur ne vit pas ces moments intenses et, donc, a du mal à relativiser ces propos. »Le capitaine du Quai estime qu'il est « facile » de critiquer l'organisation interne « d'une maison complexe, qui n'est pas encore en vitesse de croisière ». Cette toute première saison permettra à tous, poursuit-il, « de bien trouver ses marques et, surtout, bien comprendre comment la collaboration génère de beaux spectacles pour un public nombreux et diversifié. Pour moi, il faudra deux ou trois saisons avant que tout le monde travaille en harmonie ».Existe-t-il un lien de cause à effet ? Toujours est-il que d'autres « tensions » ont été perçues du côté des intermittents du spectacle. Dans une lettre (anonyme) adressée aux médias, l'un d'entre eux affirme que « tous les techniciens intermittents ont été remerciés jusqu'à janvier 2008 ». Info ou intox ? Christopher Crimes ne confirme pas. Pour lui, cette méthode de courrier anonyme est « déplacée ». Il n'a jamais reçu cette missive et a, encore moins dit-il, été sollicité pour un échange avec un intermittent déçu, « voire remercié ». Il précise que l'EPCC a fourni « plus de 6 000 heures de travail intermittent en mai et juin, et du travail à 24 intermittents pour la première mission », en juillet-août. Pour ce qui est du mois de septembre, treize intermittents sont à l'effectif. « Il est prévu, jusqu'en décembre, 2 500 heures d'emploi d'intermittents », tant pour le fonctionnement du Quai que pour les activités proposées par Open-Arts (nouvelles formes artistiques). Il faudra sans doute quelques orages avant que le calme ne revienne à bord du Quai.Arnaud WAJDZIK.
Ouest-France