Les seules images de mai 68 sur Angers 7
Christian Rouillard, auteur, avec son ami André Parlebas, des seules images qui aient été tournées pendant les événements à Angers.
Les manifs, le théâtre occupé : Christian Rouillard et André Parlebas, passionnés de cinéma, ont sorti leur caméra Super 8 pour filmer les temps forts de 68...
+ Mai 68 à Angers, ça vous rappelle des souvenirs ?
L'un avait 20 ans en 68, l'autre 18. L'un préparait les Arts et métiers au lycée Chevrollier, l'autre était en Lettres supérieures au lycée David d'Angers. Deux étudiants, deux approches très différentes.
Mais pour l'un comme pour l'autre, la conviction de vivre des moments historiques.
Jean-Paul Plassard, ancien secrétaire fédéral du Parti communiste, et Christian Rouillard, professeur à l'École des Beaux-Arts, viennent de se retrouver face à face, dans les studios d'Angers 7, pour évoquer « leur » mai 68 (1).
Avec un Jean-Paul Plassard qui fut dès le début à la tête du mouvement à Chevrollier : membre des Jeunesses communistes depuis quelques années déjà, Mai 68 lui permet d'affûter ses convictions de militant engagé.
Et le voilà au coeur de la bagarre, dans un lycée très vite repéré comme étant l'un des foyers lycéens les plus actifs dans l'ouest.
Chevrollier, c'est l'établissement populaire ; David d'Angers, c'est le lycée de la bourgeoisie angevine.
Et Christian Rouillard, lui, n'est pas « politisé » comme peut l'être Jean-Paul Plassard. Il est passionné de lettres, de théâtre, de cinéma, il anime un ciné-club avec son ami André Parlebas ¯ aujourd'hui disparu ¯.
Le papa adjoint à la culturede Jean Turc !
Pas politisé, mais quand même... « Nous avions conscience de vivre des moments historiques. C'est là que j'ai convaincu mon ami Parlebas de sortir sa caméra Super 8 », raconte Christian Rouillard.
« Nous arpentions les manifestations, je repérais les endroits les plus chauds, je lui indiquais les moments les plus marquants. Je jouais les réalisateurs, il était le caméraman ! » explique-t-il.
Ils filment... et nous laissent les seuls témoignages « vivants » (au sens d'images animées) que l'on connaisse de mai 68 à Angers.
Plus subis que construits : comme Plassard dans son milieu, Rouillard-Parlebas s'impliquent dans le mouvement à travers le théâtre universitaire qui parcourt les usines, pendant les « événements ».
Mais les images tournées devant le théâtre, devenu « la maison du peuple » depuis qu'il est occupé par les manifestants, montrent à quel point la ville est devenue un forum permanent, intense !
Comment leur présence dans le mouvement était-elle vécue par leur propre famille ? Pas d'ambiguïté, pour Jean-Paul Plassard : il est le fer de lance, parmi les jeunes, d'une famille engagée dans la mouvance communiste depuis des générations !
Ce qui n'est pas le cas chez Christian Rouillard. Le papa est circonspect devant l'occupation du théâtre : « Il nous suppliait de ne pas faire de conneries : il avait tellement peur de l'accident ! »
Et Christian Rouillard d'apporter cette « petite » précision qui donne une intensité encore plus forte à son témoignage : son père était l'adjoint à la culture de l'équipe du maire de l'époque, Jean Turc.
Une émission de 26 minutes ne peut pas résumer un mois d'événements de cette nature, de cette dimension. Mais elle donne la couleur de ce que fut Mai 68 à Angers. « À Angers, mai 68 fut intense, mais paisible. Non, il n'y eut pas de pavés à voler, ici... »
Et pas seulement parce que les pavés des rues d'Angers sont trop gros, trop lourds à manipuler...
Alain MACHEFER.
(1) Diffusion de 7 à dire spécial Mai 68 sur Angers 7 à Angers samedi à 18 h, dimanche à 18 h 30.
Ouest-France