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Le général Philippe Morillon a appris l'arrestation de Radovan Karadzik alors qu'il était en mission à Lhassa, au Tibet... Sa réaction à la nouvelle ? Instinctive : « Mais c'est Mladic qu'ils doivent arrêter ! C'est lui le vrai responsable. Karadzic n'était qu'une marionnette entre les mains de Mladic ! »
Le général Morillon les a bien connus tous les deux : c'est lui qui commandait les forces armées de l'ONU, la Forpronu, au plus fort des combats en ex-Yougoslavie. Lui qui avait promis aux habitants de Srebrenica de les protéger des « miliciens fous » de Mladic, prêts à tous les forfaits : « Je ne vous abandonnerai jamais... » Avant de se voir confier d'autres fonctions. Le massacre aura lieu deux ans plus tard.
« Le nouveau gouvernement pro-européen de Serbie a voulu donner des gages. C'est bien. Mais on ne pourra pas s'en contenter », nous expliquait le général Morillon depuis Pékin, hier soir.
Radovan Karadzic était pourtant l'un des deux « criminels de guerre » de l'ex-Yougoslavie les plus recherchés. « Oui, parce qu'il était l'inventeur de la théorie de la purification ethnique. Une théorie qui a instillé la maladie de la peur de l'autre, la peur d'être dominé, la peur de voir ses voisins musulmans imposer le port du voile aux autres femmes... »
Une théorie mûrie dans le cerveau de ce psychiatre qu'était Radovan Karadzic. « Oui, mais un psychiatre imbibé de slivocice dès 10 h du matin. C'était d'abord un ivrogne dépassé par les événements. D'où la toute puissance de Mladic. »
Il a connu, il a pratiqué les deux. Négocié avec les deux. Et c'est Mladic qui, à chaque avancée, chaque espoir, y compris avec Milosevic, faisait tout capoter, précipitant encore plus la Bosnie dans le drame. « C'est lui le vrai grand responsable des malheurs des Bosniaques. Et des Serbes ! »
C'est donc l'arrestation de Ratko Mladic que le général Morillon attend comme une vraie preuve de la volonté pro-européenne de l'équipe qui dirige aujourd'hui la Serbie. « Mais peut-être n'est-il plus en Serbie... »
Alain MACHEFER.