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Une sélection très féminine...
Après avoir créé le Lenin café à Chalonnes, Martine Thouet (à droite) veut fabriquer des fringues aussi belles que chez Christian Lacroix. Avec notamment Louise Canuel, créatrice de bijoux et conseillère municipale de la cité des bords de Loire. « Moi, j'adore Christian Lacroix, confie la flamboyante patronne du Lenin café, un bistrot-musée associatif qu'elle a ouvert en 2006 dans l'île de Chalonnes. Mais je trouve incroyable d'avoir à payer 700 € pour une belle jupe ! » Son objectif ? D'abord récupérer de beaux tissus en démontant des vêtements triés sur le volet chez Emmaüs, Apivet ou l'Arbre vert. Puis réaliser, avec, des vêtements dessinés par sa fille.
Comme un kolkhoze
« Margot est passionnée par les couleurs et les matières des costumes des Balkans, où j'ai longtemps vécu », poursuit Martine Thouet. Inspectrice des finances, toujours en activité à Nantes, celle-ci a en effet exercé comme expert auprès des pays qui voulaient entrer dans l'Union européenne. Elle a travaillé en Ukraine, en Bulgarie, en Croatie... Et c'est là qu'elle s'habille. « Avec des grandes jupes et des manteaux rehaussés de broderies, de bijoux, de passementerie... que je paye trois fois rien ! »
Alors la militante qui fait chavirer la Basse Ile, les soirs de concert au Lenin café, pense à toutes ces couturières restées sur le carreau, après la fermeture de Mendès et de la Sochac (1). « Je croisais dans l'avion des contremaîtresses de Cholet qui allaient jouer du fouet en Bulgarie, où leurs usines avaient été délocalisées. Tout ça pour faire bosser des femmes qui n'ont pas de savoir-faire en couture fine, alors qu'ici, on en a. » Son sang de « vraie bonne femme » n'a fait qu'un tour. « Lisa, notre patronnière, a déjà fait les patrons. On va réaliser vingt prototypes qu'on présente en septembre. »
Après avoir soutenu un jeune qui s'est installé en agriculture biologique à Saint-Lézin, les Amis du Lenin café rêvent maintenant de fonctionner dans cet atelier... comme dans un kolkhoze ! « On décidera collectivement du montant des salaires. Tout ce qui sera gagné sera repartagé à égalité, » précise la rêveuse en chef qui reçoit déjà des demandes de jeunes en fin de formation couture.
« On fera du très beau pas cher et du très beau cher, » martèle-t-elle dans un grand éclat de rire. Reste, pour trouver un atelier et acheter des machines, à obtenir le soutien de la communauté de communes de Chalonnes ainsi que des prêts sans intérêts auprès de la Région et de l'Europe. Martine Thouet ne voit pas pourquoi on lui refuserait : « On fabriquera de beaux modèles, en France, avec des matériaux recyclés tout en salariant des gens. » Monsieur Lénine, omniprésent dans cette datcha des bords de Loire, à travers bustes, gravures et autres pièces de monnaie, rigole dans sa barbe. Dans la Basse Ile, la Révolution est en marche !
Claudine QUIBLIER.
(1) Ces usines de Chalonnes, qui travaillaient pour de grands couturiers comme Yves Saint-Laurent, ont fermé il y a quelques années.
Ì Lenin café, la Basse-Ile à Chalonnes-sur-Loire, tél. 02 41 47 32 33. Site internet : www.lenincafe.com
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