Willy Bernard, avez-vous déjà entamé des discussions avec Christophe Béchu au sujet de l'avenir du stade Jean-Bouin ?
Oui, je l'ai rencontré au même titre que j'ai déjà rencontré les services de la mairie. En tant que président d'Angers Sco, je me dois de rester apolitique, certes, mais je me dois aussi de mener à bien les destinées du club. Cela fait donc partie de mon rôle que de rencontrer toutes les personnes susceptibles d'influer sur le club d'une manière ou d'une autre dans un futur proche. J'ai confronté mes idées avec les deux « parties ».
Les deux projets proposés par les équipes Béchu et Antonini sont totalement différents.
Je laisse le soin au président Béchu d'exposer publiquement celui qui lui tient à coeur.
On sait pourtant que Christophe Béchu devrait afficher sa volonté de construire un stade neuf en périphérie d'Angers. Vous êtes donc sur la même longueur d'onde tous les deux ?
Je le dis et je le redis bien fort : mon souhait est, en effet, de disposer d'un nouveau stade, en dehors du centre-ville. Pour plusieurs raisons. La première est qu'on ne fait pas du neuf avec du vieux. La deuxième est que même avec les meilleurs techniciens du monde, le stade Jean-Bouin étant enclavé, on ne disposera pas d'une capacité d'accueil suffisante. On manquera de parkings, quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse, car on n'a pas la surface nécessaire pour en construire. En plus, si j'ai bien compris, il n'y a pas de ligne de tramway prévue à cet endroit, ni d'emplacement pour créer une galerie commerciale qui pourrait attirer des investisseurs privés. Il y a donc deux solutions : soit on fait un stade qui serait juste dans l'ère du temps, soit on en fait un qui n'aura qu'une quinzaine d'années d'espérance de vie.
Donc, le stade de 20 000 places à l'horizon 2015 proposé par l'équipe Antonini ne convient pas du tout à l'homme pressé que vous êtes.
Au niveau de l'exploitation du club, ce serait catastrophique. À Reims par exemple, ils en sont à la sixième année de travaux et ce n'est toujours pas fini. Ils ont dépassé le budget initial de 50 %. Nous, la mairie nous rétorque que l'investissement passerait du simple au double. C'est faux ! C'est se cacher derrière son petit doigt et je suis prêt à le démontrer. Aujourd'hui, il existe des partenariats public/privé qui font leurs preuves dans d'autres villes. Je ne vois pas pourquoi, à Angers, on ne serait pas capable d'en développer un.
Croyez-vous qu'un outil neuf augmenterait spectaculairement l'affluence de spectateurs ?
Oui. J'en suis sûr. On sait par expérience que chaque ville qui s'est dotée d'un outil moderne, d'une vraie qualité d'accueil, et d'un réseau de transport adapté a doublé sa moyenne de spectateurs. L'idéal dans une ville comme Angers, avec la passion qui y règne pour le football et le projet que nous souhaitons monter si l'on accède par bonheur à la Ligue 1, serait un stade de 25 000 places. Et surtout pas à l'horizon 2015.
« Mon travail, c'est faire du lobbying »
Comment vous situez-vous dans cette bataille politique ?
Je veux provoquer, faire évoluer la réflexion. Je crois que mon travail, c'est faire du lobbying, tout simplement. Mardi, j'étais en rendez-vous chez IMG Mac Cormack, à Paris, pour voir comment on pourrait monter notre projet et quels services ils nous proposeraient sur ce stade. J'ai vraiment une démarche très active. C'est à moi de proposer aux élus des choses chiffrées, des études de marché et d'aller de l'avant. Quand les élus, quels qu'ils soient, seront d'accord, je me chargerai d'aller convaincre les investisseurs. Mais je sens à ce jour que le « potentiel Sco » n'est pas exploité comme il devrait l'être. On progresse certes, mais ça m'énerve !
Recueilli par Mathieu COUREAU.
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