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Les voies sur berges

Édition du mercredi 28 novembre 2007

« Peut-on resserrer ce grand vide par du front bâti ? »

L'urbaniste angevin Frédéric Rolland, créateur du stade de Shanghai, pose la question. Construire, ou plutôt reconstruire, en bordure de la Maine. Impensable ?

Ses heures passées à jouer dans l'eau quand il était enfant y sont certainement pour quelque chose. Parlez-lui des voies sur berge, l'Angevin Frédéric Rolland vous répondra « rivière ». Nul besoin d'avoir potassé de fond en comble le sujet. Pour l'architecte urbaniste, impossible d'imaginer un quelconque projet d'aménagement de cette rive sans prendre en compte la Maine pour laquelle il voue une grande « tendresse ». C'est du moins son avis.

« Les villes qui sont traversées par une rivière ont une chance exceptionnelle », observe-t-il, en connaisseur. Pour une question esthétique évidente, mais aussi parce que la rivière n'est pas seulement un élément de décoration. Elle fait partie du patrimoine local. Car « c'est autour des rivières que se sont construites les villes, rappelle l'urbaniste. La Maine a apporté beaucoup à Angers. Il faut lui rendre, et non la reléguer à une contrainte. » Autrement dit, il serait dommage de considérer la Maine uniquement comme une menace d'inondations.

« La Maine a été négligée »

Après avoir été traversée durant des siècles par une rivière, « Angers a trouvé sa logique dans le fait d'être traversée par une route ». Et la Maine a été « négligée, malmenée ». Cependant, « une trentaine d'années à l'échelle de l'histoire de la ville, c'est rien », relativise Frédéric Rolland. Certes, ce qui a été démoli pour donner vie à la voie express est à tout jamais perdu. « Et les dégâts de la route nationale 23 sont énormes. » Mais pas question de jouer les nostalgiques : « Je ne veux pas revenir en arrière », assure Frédéric Rolland.

Non content d'intégrer la rivière à un éventuel projet de réaménagement des voies sur berge, l'urbaniste va encore plus loin dans sa réflexion : « Il faut aussi prendre en compte l'acte de franchissement des ponts. » Dans un seul but : « Retrouver le plaisir de traverser la rivière. » Car, à l'exception du pont de Verdun, « on a hâte d'être arrivé au bout quand on traverse les ponts à pied », constate-t-il. Pourquoi ? « Parce que ces ponts, qui s'accrochent à la rocade, génèrent des mécaniques routières » n'obéissant qu'à une logique de voirie. Pourtant, « des ponts dans une ville, c'est superbe ».

Recréer du bâti ?

L'urbaniste s'interroge : « Pourrait-on resserrer ce grand vide par du front bâti ? » C'est-à-dire construire, ou plutôt reconstruire, en bordure de la Maine ? « Une rivière, dans une ville, crée une rupture. Mais paradoxalement, c'est aussi un lien. » Il suffit de franchir le pont de Verdun pour s'en rendre compte : « On n'a pas l'impression de sortir de la ville. »

En revanche, ailleurs, « le bâti a été tellement déstructuré que l'on peut se demander s'il ne serait pas opportun de ramener de l'urbain, et pas seulement de l'espace paysager ». Et de poursuivre : « Sur le peu de temps qu'elle passe en ville, ça vaudrait peut-être le coup de faire de l'urbain autour de cette rivière généreuse qui reçoit d'autres rivières avant de se donner dans la Loire. » Une pratique dans l'air du temps à en croire les derniers ensembles architecturaux qui ont vu le jour autour de la rivière (théâtre le Quai, faculté de droit à Saint-Serge, multiplexe cinématographique, bâtiment de la CNP).

Un boulevard en surface

Sur la question des trémies, la position de Frédéric Rolland est claire : « Si l'on veut supprimer la voie express, il faut se séparer des trémies. » Pour l'urbaniste, les deux vont de pair. Il imagine « un boulevard en surface », une voie qui redevienne « une voie de quai ». Toujours selon le même principe de base : « Retrouver du plaisir, du bien-être », sachant qu'« aujourd'hui, il n'y a aucun plaisir à emprunter les voies sur berge. »

Au final, Frédéric Rolland verrait bien un projet alternant le bâti et les espaces paysagers « pour redonner du rythme ». En langage d'urbaniste : « Des séquences urbaines » que les ponts serviraient à couper. Avec une dominante « plus ludique, là-haut, vers Saint-Serge », en raison de l'absence de quais permettant un accès direct à l'eau. « D'un côté du festif, du parc paysager, et de l'autre de l'urbain, résume Frédéric Rolland. Le boulevard pourrait alors être le fil conducteur de tout ça. » Et de conclure : « La rivière, c'est un peu le thème de la ville d'Angers. »

Ouest-France

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