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Une sélection très féminine...
Louis Thareaut : « De mai 1968, je retiens un grand moment de liberté, d'échange, de négociation. Avec une grande avancée du pouvoir syndical dans l'entreprise. » Un sentiment de liberté, comme si le couvercle de la marmite avait sauté, que tout avait explosé. Je retiens un gros brassage d'idées, notamment du côté des syndicats.
Il y avait des réunions dans tous les coins, des discussions dans tous les bars. Cela restait souvent théorique, parfois fumeux. Il y avait les situationnistes, les anarchistes, les trotskistes... C'était nouveau.
A quel moment le mouvement a-t-il pris, à Angers ?
Après les premières manifestations parisiennes, je me souviens d'une lettre qu'un militant avait envoyée au secrétaire général de la CFDT, avec copie à Jean Monnier. « Il faut y aller, écrivait-il. Les salariés n'attendent que ça : une grève nationale ! »
Le mouvement n'a pris que bien plus tard, avec les manifestations étudiantes. Les premières grèves ont éclaté à Cégédur, à Montreuil-Juigné. Puis chez Thomson, Bull, Cibié... Cela s'est propagé comme une traînée de poudre. Des entreprises jamais en grève s'y sont mises.
Avez-vous un souvenir marquant ?
Je pense à la Teinturerie moderne. Les salariés étaient surveillés jusque dans les vestiaires où il y avait des micros ! Nous y avons créé une section syndicale. Un exemple parmi des dizaines d'autres.
Je me souviens d'avoir passé une fête carillonnée chez Cibié. Nous occupions l'usine. Je me vois aussi debout sur un bidon, m'adressant aux salariés de l'entreprise de maille, du côté des Capucins...
Quel était votre rôle, à l'époque ?
J'ai travaillé chez Thomson jusqu'en juin 1967, avant d'être embauché par Jean Monnier, pour... préparer mai 1968 ! Non, c'est pour rire. Mon rôle consistait à être dans les entreprises, pour soutenir les salariés qui voulaient créer une section syndicale.
Durant les manifestations, j'étais responsable du service d'ordre, à la CFDT. Je n'ai jamais été en tête de cortège, mais toujours autour. Je défilais deux fois plus que les autres !
« Nous avions une vie dans la grève »
L'essentiel se passait dans les rues...
Le point central, c'était la place Imbach. La Bourse du travail se trouvait au haut de la place. Les prises de parole se faisaient à partir du mur, près du muséum des sciences naturelles.
Dans les usines, c'était l'occupation. Des troupes de théâtre s'y produisaient. Il y avait des animations. Nous avions une vie dans la grève.
Aujourd'hui, que retenez-vous de ce foisonnement ?
Un grand moment de liberté, d'échange, de négociation. Avec une grande avancée du pouvoir syndical dans l'entreprise. Les employeurs ont été obligés d'en tenir compte. Quelque part, cela a changé les rapports, même si les objectifs restaient divergents, antagonistes.
Certains affirment qu'il faudrait un nouveau mai 1968...
Ça ne veut rien dire. C'était une période précise, et la situation était différente. Jadis, quand on entrait dans le syndicalisme, on y restait toute sa vie. Aujourd'hui, il n'y a plus cette pérennité de l'action. On agit de façon ponctuelle, pour des revendications précises. Ça retombe vite...
Les techniques ont évolué, les mentalités ont changé. Dire qu'il faudrait un « bon mai 1968 », c'est aussi idiot que de dire qu'il faudrait, à nouveau, une « bonne guerre ». Il y aura peut-être une manifestation globale, en France, mais ce ne sera pas mai 1968.
Comment voyez-vous évoluer les relations sociales, la société ?
Je suis triste de voir que tout se délite. Le contrat de travail est remis en question. Nous voyons émerger des travailleurs pauvres. On s'attaque à la couverture santé. La précarité s'installe.
Je vois la difficulté des gens pour trouver un logement. Où est la mixité sociale ? On va encore renforcer les cités ghettos. C'est inquiétant.
Nous voilà bien loin de l'esprit de ce mois de mai 1968...
C'est le constat. 40 ans après, tout est à refaire, avec des difficultés supplémentaires. Les décisions ne se prennent plus localement. Vous n'avez plus de capitaines d'industrie, mais des financiers.
Les capitaux circulent, pour rapporter le plus possible. Les salariés paient cash. On touche au revenu, au logement, à la santé. Cela ne va pas bénéficier aux classes les plus fragiles. La solidarité se délite. C'est inquiétant pour la jeunesse.
Recueilli par
Jean-Michel HANSEN.
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